Sail design
 
Le plastic c’est fantastique!
 
Après avoir résumé les différentes fibres utilisées, nous allons essayer de détailler la structure même de ce qui fait une voile. Le corps de la voile est appelé la peau (tissu). Cette surface est généralement constituée soit d’un tissage de fibres (polyester ou Spectra) recouvert par une résine afin de rester stable et pour garantir l’étanchéité, soit par un sandwich «laminé» constitué d’un film, des fibres, de la colle et d’un autre film pour fermer le tout.  Ce sandwich contient la densité (quantité ou épaisseur de fibres) désirée selon les efforts ainsi que parfois des taffetas (petits tissages polyester) servant à protéger la structure contre le ragage.

Il est important de préciser une chose fondamentale. Il y a plusieurs causes de vieillissement dans une voile:
1° la déformation causée par une surcharge de pression. Cela arrive si une voile est utilisée au-delà de son range de vent, si la densité a été sous-estimée par le voilier ou simplement si la voile est trop vieille. 
2° la perte du nerf des fibres est une chose qui ne concerne que les régatiers. Sur les voiles à panneaux, votre voile commencera par se déformer et vous aurez envie de la changer avant de vous rendre compte que les fibres ne résistent plus. Par contre, il s’agit d’un vrai piège sur les membranes modernes. Votre voile va garder une jolie forme et vous serez content de pouvoir continuer à régater avec cette voile qui résiste étonnamment bien. Mais c’est le jour où vous allez changer que vous vous rendrez compte que vous avez un réel gain. En fait, c’est surtout avec votre ancienne voile que vous alliez moins bien, mais comme c’est arrivé petit à petit, ça ne vous a pas marqué.
3° le ragage est un vieillissement ponctuel qui arrive surtout si vous n’avez pas bien protégé les points agressifs de votre bateau (barres de flèche, chandeliers..). Cette usure peut être empêchée grâce à un choix de taffetas sur les voiles de croisière ou par des renforts rajoutés quand c’est nécessaire.
4° les UV largement sous-estimés par les plaisanciers. Je ne vais pas trop entrer dans les détails maintenant car il y a énormément à dire. Je consacrerai prochainement une page sur ce sujet. Disons simplement que les voiles ne sont pas faites pour rester en permanence sans protection et qu’une fibre qui a perdu de sa résistance à cause des UV est une fibre inutilisable.

Après ce petit intermède, je reviens à la peau de notre voile. Nous ne parlerons pas du bon vieux tissage communément appelé Dacron, mais exclusivement des sandwichs laminés. Nous arrivons à un tournant dans ce domaine car nous pouvons voir soit des voiles à panneaux orientés, soit ce qu’on appelle des membranes. 
Le premier choix étant constitué à partir d’un rouleau de tissu d’environ 1m30 de large. Une grille de fibre définie par le constructeur servira de structure à la voile. Le but du voilier est de couper des triangles dedans afin de pouvoir orienter les fibres selon les efforts de la voile. Si vous regardez bien la photo au début de cet article, vous pouvez voir le renfort d’écoute dans l’angle en bas à gauche qui est constitué de panneaux. On y voit distinctement ces fibres parallèles. Du coup, on a quelques fibres qui reprennent les efforts sur toute la longueur des panneaux et beaucoup d’autres qui sont coupées et travaillent surtout en biais. Les panneaux sont donc divisés et les fibres ainsi réorientées. Plus il y a de panneaux et plus le renfort est solide. Il en est entièrement ainsi pour les voiles à panneaux.

Le deuxième choix de peaux disponible est ce qui est appelé «membrane», string sail pour les anglophones. Ce style de tissu est souvent connu par leurs noms de marques (MFusion,3DL, D4, Trilam, etc...) il y en a une grande quantité car c’est le présent de la voilerie. Mais attention! Il n’a jamais été aussi difficile de voir les différences entre deux marques et toutes n’ont pas la même qualité. C’est même pire, on n’arrive plus à différencier certains styles de fibre. Il est donc important d’avoir confiance en votre voilier afin de ne pas acheter du polyester noir au prix du carbone.
Le principe de la membrane est de pouvoir produire la peau idéale à l’unité. On peut choisir la fibre, la densité, le nombre nécessaire ainsi que l’orientation désirée. On peut également renforcer certaines parties ou inclure un ou deux taffetas. Bref, on fait presque ce qu’on veut. Cela donne l’avantage indéniable d’aboutir avec un poids beaucoup plus faible que pour des panneaux sur lesquels on rajoute des couches pour arriver au même résultat.
Attention! Lourd ne veut pas dire solide!!
Le choix «des ingrédients» utilisé est primordial. Il est donc nécessaire de bien vous renseigner auprès de votre voilier pour être certain d’avoir ce qui vous correspond. Tous les voiliers ne sont pas encore bien au point avec ces différents procédés. Du coup, ils font confiance aux fournisseurs qui eux, vont produire des membranes sans risques, donc trop lourdes car prévues pour la mer. Vous aurez l’avantage d’avoir une voile solide, mais ce n’est pas forcément intéressant pour la régate. A utilisation égale, une membrane ne devrait jamais être au même poids ou plus lourde que votre vieille voile à panneaux.

Il existe un dernier piège contre lequel il faut se méfier. Les fournisseurs de rouleaux de tissus ne pouvant pas forcément assumer cette nouvelle demande de production à la pièce ont mis sur le marché des laminés horizontaux. Il s’agit de rouleaux de tissus prévus pour être utilisé en laizes horizontales. Le but étant de pouvoir sortir des voiles à un prix moins élevé car une voile horizontale prend moins de temps à assembler qu’une tri-radiale. Le problème est que ces tissus sont plus lourds car il y a une sorte de tissage à fibres parallèles partiellement orientées afin d’essayer de reprendre «un peu» les efforts en biais et que malgré ça, tout travaille en torsion et n’a donc aucune précision de tenue. En résumé, ces voiles sont lourdes, difficiles à régler, vont mal vieillir et sont parfois vendues au même prix que les autres. A proscrir fermement. Du reste, aucune voilerie réputée n’utilisent ce style deeee... produit.
                       
Autre point important à préciser. La manière dont sont posées les fibres est appelé «layout». Plus le layout est complexe et plus il faut du temps à la production, donc plus votre voile est chère... mais plus elle est performante et solide.
Il y a donc de très grandes différences de qualité entre les membranes suivant le layout utilisé. Vous pouvez voir ci-dessus un Luthi 8.70 avec un layout complexe et un Esse 750 (à droite) avec un layout simple. En gros, les modèles simplifiés sont formés de groupes de paths droites. Une path (à prononcer passe) est un groupe de fils déposés en même temps par la tête de fils de la machine. Il peut y avoir de 6 à 18 fils selon les machines. Ensuite les paths sont plus ou moins espacées selon la densité de la voile. On voit très bien sur les voiles du Luthi les espaces entre les différentes paths. De plus, elles partent depuis les trois points de force (tête, écoute et amure et suivent les courbes) d’efforts pour terminer sur un autre point de force. Sur les voiles du Esse 750, les paths partent depuis les trois points, mais vont en lignes droites. Du coup, il est nécessaire de mettre plus de paths afin de pouvoir les utiliser en biais. Les voiles sont ainsi moins chères mais également moins performantes et moins solides.

Actuellement, grâce aux membranes à layout simplifiés, on arrive à avoir des voiles qui vieillissent mieux que les tri-radiales à panneaux pour des prix nettement inférieurs. Toutes les voileries ne proposent pas ce procédé pour des raisons politiques ou de compétences, mais les différences de qualités sont indéniables. Beaucoup de panneaux Pentex sont utilisés dans les monotypies sous prétexte de garder un prix raisonnable. Mais il est maintenant possible d’avoir des membranes en aramide (kevlar) pour des prix largement inférieurs aux panneaux Pentex. L’intérêt étant donc le prix, la performance, la durabilité et finalement le look.

Par exemple: 
une grand-voile de 29m2 avec une bande de ris, 6 lattes forcées et des coulisseaux faibles friction se vend à environ 5’500.- en panneaux Pentex. Elle en vaut 6’400.- en panneaux aramide et...5’300.- en membrane aramide!!!

Ne croyez-vous pas qu’il serait temps de laisser tomber certaines croyances?

Le 17 août 2012.
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