Sail design
 

La voile à corne

Mais qu’est-ce donc que ce truc là? Une voile avec une corne? Cette évolution technologique appelée aussi tête carrée ou square top en anglais a été mise en avant au début des années 2000 par Patrick Mazuay sur les grands-voiles des bateaux Alinghi. Ça avait déjà été imaginé il y a fort longtemps, mais il a fallu attendre que la technologie avance sur les mâts, les lattes, les tissus à voile, les programmes de dessin et surtout que la persévérance de Patrick soit plus forte que les préjugés d’une planète voile criant souvent un peu vite au fou!


«Oui bon d’accord, c’est bien joli, mais ça va sur un classe America. Pourquoi mettrait-on ça sur nos bons vieux Surprise? Le bateau va être trop ardent quand il y aura du vent et il faudra prendre un ris. De plus, la voile sera dure à régler et ça va avantager les experts». Et bien non!! Et je vais essayer de vous expliquer pourquoi.


Pour commencer, je vais revenir sur l’évolution des gd-voiles dans le temps depuis que les barres de flèches poussantes ont permis de libérer les pataras et ainsi augmenter les ronds de chutes. Les plus grands excès ont été vus sur notre bleu Léman, le manque de vent forçant les bateaux à voiles à rajouter de la surface vélique autant que possible. Les chutes se sont donc arrondies au maximum amenant deux problèmes principaux:

Le premier étant de devoir mettre du volume dans la voile pour lui permettre de ne pas s’inverser sous la pression du vent, les lattes ne permettant pas de tout supporter. Trop de volume étant un frein à la vitesse, il y a donc une limite.

Le deuxième problème est que plus la chute est arrondie et plus les lattes vont être compressées contre le mât (figure 1). En bordant votre écoute de gd-voile, une ligne de force se fait du point d’écoute au point de drisse. La chute va vouloir se rapprocher de la droite créant ainsi une compression sur les lattes proportionnelle à la taille de l’arrondi. 


Cette compression va augmenter à mesure que le vent forci et ainsi creuser la voile, ce qui est l’inverse de l’effet souhaité. Il y avait donc un vrai compromis à trouver car plus un bateau était optimisé pour le petit temps et plus il perdait d’efficacité dans la brise.

La voile à corne quant à elle, prend appui essentiellement sur sa 1ère latte (celle du haut) qui a un angle très prononcé et crée ainsi une nouvelle têtière déplaçant le point de départ du rond de chute sur l’arrière et minimisant considérablement, voir annulant entièrement la compression des autres lattes (figure 2).


Les premières résultantes de cet effet sont de pouvoir ainsi faire des voiles avec plus de surface et surtout des volumes beaucoup moins profonds permettant aux bateaux d’atteindre des vitesses plus élevées.

Un autre effet vient s’accumuler à ces avantages déjà importants. L’attache de la drisse par laquelle passe toute la traction d’écoute est toujours située sur l’avant de la têtière (figure 3). La ligne de force crée ainsi un point de pivotement pour toute la partie arrière de la voile ce qui fait que plus la corne est grande et plus elle va réagir à la pression   en se déportant sous le vent lorsque celui-ci forci. On dit que la voile vrille. Ce vrillage devient presque automatique et la voile va ainsi soulager sa puissance comme une soupape contrairement à une voile à rond de chute qui va en rajouter. La voile à corne est donc plus facile à régler. Mais attention! Ça ne veut pas dire qu’il ne faut plus rien faire car les tissus continuent à se déformer, le gréement courant et dormant se détend et il faut quand même être attentif aux changements du vent pour en profiter pleinement.

Et finalement, la tête de la voile perdant de sa portance en vrillant, le centre de voilure va naturellement descendre et ainsi rendre votre voilier moins gitard qu’avec votre ancienne voile. Enfin, dans la théorie car ça va quand même dépendre de la taille de la corne, tous les bateaux ne pouvant pas se permettre de fixer un double pataras ou autres systèmes. Là encore, tout est histoire de compromis...


En conclusion, on a donc vu que la voile à corne permet de rajouter de la surface nécessaire dans le petit temps et que cette surface s’auto-règle lorsque ça forci. Le bateau est ainsi plus rapide à toutes les allures dans le petit temps et le médium, et n’est en tout cas pas plus lent dans la brise. Les seules limites à cette évolution sont les caractéristiques du bateau qui restreignent la taille de la têtière afin de garder un côté pratique à la manoeuvre.

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